Union pour tous !

Publié le par Hugues Débotte

La vie de couple est encadrée par les institutions collectives depuis plusieurs siècles ; mais cela n’a pas toujours été le cas. Pendant très longtemps, cela restait une question réservée à la connaissance des membres de la famille, du clan, de la tribu (pour les sociétés primitives).

 

Dès lors que la vie de couple équivaut à l’union d’un homme et d’une femme en vue de la reproduction de l’espèce, et dès lors que cette espèce s’est vue menacée d’extinction par les guerres et les maladies, les autorités (hier, pendant des siècles, l’Eglise, aujourd’hui l’Etat, dans les deux cas, le Pouvoir), ont mis leur nez dans la vie privée des individus et ont mis en place des règles d’enregistrement, suivi, encadrement, soutien.

 

Seulement, la vie de couple, à l’origine – historique comme philosophique – ce n’est pas une question de reproduction, mais avant tout une question d’amour. Le mariage a été très (trop ?) longtemps une obligation, un automatisme, une singerie, une nécessité, une résignation.

 

Depuis 1789 – et sans doute un peu avant -, et encore plus depuis l’après seconde guerre mondiale, la vie de couple est devenu de plus en plus une question d’amour. A quoi tient ce revirement, cette remise en cause ? La libération de la femme de sa dépendance physique à la reproduction, de son ignorance face à l’instruction, de son esclavagisme domestique pour pouvoir aller travailler à l’usine.

 

Dans un  monde qui est en surpopulation, la reproduction n’est plus une priorité. Conjointement, le Pouvoir n’a plus à mettre son nez dans les affaires de la vie de couple. Le couple redevient  une histoire d’amour.

 

Un mariage sur deux donne lieu à un divorce dans les 3 à 5 années qui suivent, et encore plus au bout de 10 ans. En d’autres termes, ce cadre légal a fait son temps et n’a plus la légitimité du passé. Le divorce met un terme à un mariage qui directement ou non, consciemment ou non était dans la plupart des cas de « force » (entendons, et répétons, que « de force » = par  obligation, automatisme, singerie, nécessité, résignation).

 

Parallèlement, même si les maladies et les guerres existent toujours, elles ne sont plus un réel soucis pour la survie de l'espèce qui a explosé depuis 1945 et dont l'espérance de vie est passée du simple au double, en quelques décennies, alors qu'elle stagnait depuis des siècles.

 

Aussi, revient à la charge la question de l’amour à deux, qui outrepasse la frontière sexuelle et générationnelle. De là l’explosion du P.A.C.S (auquel ont recours seulement 5% des personnes de même sexe), qui évite les lourdeurs du cadre légal du mariage, et qui permet – par exemple – à un frère et une sœur orphelins de pouvoir laisser à l’autre ce qu’il détient en cas de décès. Succès sans doute aussi du au fait que la procédure d’enregistrement est beaucoup moins solennelle, moins officielle et moins à la vue de tous, au même titre qu’un enregistrement notarial ou au journal officiel. Le pouvoir a un œil dessus mais la vie de couple peut plus facilement passer inaperçu à la vue de tous.

 

 

Pour autant, pour des raisons de conscience collective, d’inconscient historique, et même si l’institution du mariage bat de l’aile, connait sa fin, il est provocateur et maladroit de reprendre ce terme pour l’union de deux personnes de même sexe. D’une parce que le P.A.C.S. ne l’a pas fait. De deux, parce que si c’est pour arriver au même résultat, ça n’a rien d’intelligent. Et de trois, parce que c’est la pire des solutions pour faire accepter ce qui devrait plus être appelé « Union pour tous ».

 

Ce qui pose débat par rapport au P.A.C.S., c’est que le « mariage » ouvre la voie à la filiation, donc à la fondation d’une famille, autrement dit par reproduction ou par adoption. Si le mot « mariage » n’avait pas réveillé les colères, sans doute que le fonds du sujet aurait pu être abordé sereinement.

 

Dans ce rejet au projet, la confusion est totale chez les opposants de faire la distinction entre la reproduction et l’éducation. Bien évidemment, que techniquement, il faut un homme et une femme pour concevoir un enfant. Et il faudra des siècles de progrès scientifiques avant qu’il n’en soit autrement. Mais éducation …

 

Ce que rétorquent les opposants farouches à ce projet est qu’il faut un papa et une maman pour concevoir des individus équilibrés. Or à cet argument qui se prétend « coup de massue »,  peuvent être opposés des tas de situations qui contredisent ce dogme.

 

En effet, les « déséquilibrés » existent depuis la nuit  des temps, et ce ne sont pas les personnes de même sexe qui les ont éduquées, en toute logique historique. A l’inverse, beaucoup d’individus ont évité toute névrose, et pourtant le père ou la mère a été totalement absent (mère décédée à la naissance de l’enfant, père mort à la guerre, dans les deux cas, présence que de personnes du même sexe ; familles monoparentales ; familles homoparentales officieuses (400.000 enfants à l’heure actuelle) ; etc …).

 

Dans l’éduction, il s’agit de rôles pas de personnes sexuelles. Autrement dit, il faut une personne qui joue le rôle de « père, papa », et une qui joue le rôle de « mère, maman ». La construction de l’individu s’articule autour d’un triangle, avec des poids et des spécificités propres à chaque. Il n’est pas nécessaire d’être de sexe opposé pour cela.

 

La tradition peut paraître diluée par « perversion », que ce sont les tordus qui font foncer la famille, la société droit dans le mur.  Défendre cela, ce n’est pas comprendre ni accepter les faiblesses et contradictions dans le concept même du mariage tel qu’on le connait depuis des siècles.

 

Et, par ailleurs, on ne peut pas forcer les gens à se couler dans un moule unique à taille unique qui par définition n’est pas fait pour tout le monde ! Du mariage « reproductif » ancestrale,  il s’agit de voir la chape de plomb qui a sauté et sans autre intervention que la nature même de ce mariage imparfait – et qui a toujours été présenté comme le modèle parfait.

 

Le projet de « mariage pour tous », que je préfèrerai voir appelé « Union pour tous », traduit surtout une crise profonde de l’institution du mariage, qui a échoué, malgré les apparences. Echec du à la libération de la femme, échec du au retour de l’amour, et échec du à la démultiplication des possibilités offertes pour se reproduire, et pour fonder une famille.

 

Car ne l’oublions pas non plus : la procréation assistée, l’adoption, etc … sont autant de solutions voulues par les institutions afin d’assurer la reproduction et la constitution de famille ; si c’est « armes » sont désormais à la portée de tous, c’est pour le bien de l’humanité.

 

Maintenant, la question philosophique est : pourquoi vouloir à tout prix transformer un « mariage » d’amour en mariage « reproductif » quand on voit qu’on est déjà trop nombreux sur Terre ? Le P.A.C.S. n’était-il pas suffisant ? Ne fallait-il pas mieux l’améliorer, l’élargir dans ses fondements, et le rebaptiser « Union pour tous » ?

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